Carte Blanche : Indépendance énergétique : les coopératives citoyennes, l’alternative qui marche
02/04/2026
Depuis un demi-siècle, les crises énergétiques se succèdent, frappant toujours plus fort et plus vite. Aujourd’hui, avec l’embrasement du Moyen-Orient une nouvelle crise se profile, plus menaçante encore. Face à celle-ci, les coopératives d’énergie citoyenne font partie de la solution et méritent d’être davantage soutenues par nos gouvernements.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) tire la sonnette d’alarme, suite au blocage du Détroit d’Ormuz : le monde pourrait affronter la pire crise énergétique depuis des décennies, une « menace majeure » pour l’économie mondiale. Selon Fatih Birol, directeur de l’AIE, cette crise équivaut à « deux chocs pétroliers et un effondrement du marché du gaz réunis ».
Plus que des crises à répétition, la Belgique et l’Union européenne sont confrontées à une impasse structurelle : une dépendance aux énergies fossiles, massivement importées, ce qui aggrave en outre la pollution et le dérèglement climatique.
Le développement de nouvelles centrales nucléaires ou de petits réacteurs modulaires (SMR) prendra des décennies, avec des mises en service au mieux prévues après 2037. Quant à l’hydrogène blanc, présenté comme une ressource miracle enfouie sous le sol belge, il reste une piste hautement spéculative.
Par le recours massif à ces énergies, ce sont les centres de décisions qui se trouvent à Doha, Houston, Paris, Londres ou Moscou…qui influencent notre avenir énergétique. Même pour la fourniture d’électricité en Belgique, les leviers de contrôle sont désormais aux mains d’actionnaires internationaux, reléguant les intérêts des citoyens et des PME belges au second plan.
Pourtant, le vent et le soleil sont là, gratuits et immédiatement disponibles (soleil offre un potentiel énergétique 10 000 à 15 000 fois supérieur aux besoins actuels de l’humanité). Les technologies pour les capter sont matures, et leur déploiement peut être maîtrisé par des acteurs locaux.
Dans un contexte où la demande en électricité explose (industries, data centers, mobilité électrique), la transition vers les énergies renouvelables n’est plus seulement une nécessité environnementale, elle est devenue une question de sécurité nationale et de résilience économique.
Les coopératives citoyennes d’énergies renouvelables représentent une solution crédible pour renforcer notre autonomie énergétique. Pourtant ce modèle reste insuffisamment défendu par les autorités.
Elles sont présentes sur tout le territoire wallon, portées par plus 25 000 citoyennes et citoyens. Elles ont récolté plus de 40 millions d’épargne locale pour financer des centrales éoliennes, photovoltaïques, hydrauliques, ou encore des chaudières à biomasse. Elles ont produit en 2025 l’équivalent de la consommation en électricité de 36 000 ménages.
Quand une coopérative citoyenne investit dans une éolienne ou une centrale hydroélectrique, ses membres sont assurés que l’infrastructure restera durablement contrôlée par les citoyens. Aucun risque de rachat par une multinationale ou un fonds de pension étranger.
Par leurs conseils indépendants et leur capacité à préfinancer des projets locaux, ces coopératives jouent déjà un rôle clef pour renforcer l’autonomie énergétique des acteurs publics comme les communes ou d’autres acteurs locaux comme des associations ou des PME.
Elles mettent les ménages et les PME à l’abri des soubresauts du marché. Par leur modèle original de circuit court de l’énergie, ces coopératives revendent leur électricité à Cociter, un fournisseur qu’elles ont cofondé et qui approvisionne leurs membres à un prix maitrisé. Cociter vient d’ailleurs de réactiver son « bouclier tarifaire » pour protéger ses clients, comme lors de la crise de 2022 (voir www.cociter.be).
Les coopératives citoyennes ne sont pas une alternative marginale : elles sont la clé d’une transition énergétique juste, locale et résiliente. Pourtant, ce modèle vertueux, et qui a déjà fait ses preuves en Wallonie pour mobiliser de l’épargne citoyenne, se heurte à l’inaction voire à l’indifférence des pouvoirs publics.
- En Wallonie, le décret d’avril 2024, qui renforçait la participation citoyenne et communale dans les projets éoliens, fait l’objet d’un recours contre lequel le gouvernement wallon ne semble pas vouloir agir.
- Au niveau fédéral, l’appel d’offres pour la zone Princesse Élisabeth incluant des clauses de participation citoyenne – a été stoppé en juin 2025. Plus de 20 000 citoyens ont signé une pétition pour exiger le maintien de ces mesures, preuve de leur attachement à un modèle énergétique citoyen.
Ce sont plus de 300 milliards d’euro qui dorment sur les comptes d’épargne des Belges. Un seul pourcent (1 %) de cette épargne pourrait financer plus de 8 GW de nouveaux projets éoliens en Belgique. Cela correspond à la consommation actuelle de plus de 5 millions de ménages.
Il est temps que les autorités wallonnes et belges assument leurs responsabilités :
- En maintenant des clauses de participation citoyenne minimale dans les appels d’offres (comme pour la zone Princesse Élisabeth) et les permis d’exploitation des parcs éoliens.
- En créant des mécanismes fiscaux et administratifs pour faciliter l’investissement de l’épargne citoyenne dans les énergies renouvelables.
Face à l’ampleur des défis énergétiques et l’incertitude géopolitique, nos Etats ne sont pas condamnés à l’inertie. C’est en accélérant le développement des énergies renouvelables ET en associant les citoyens que nous reprendrons la main sur notre avenir en Belgique comme en Europe.
Fabienne Marchal, Présidente
Fabrice Collignon, Coordinateur
REScoop Wallonie, la fédération des coopératives citoyennes d’énergies renouvelables.
www.rescoop-wallonie.be
Lien vers la publication de cette carte blanche dans Le Soir :




